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Cercle 3 — Le sens

Culture / Histoire

1865, pas 1879 — enquête sur la première du Chardonnet

Le site porte le nom de ce sommet et publiait pourtant une date fausse. La première ascension de l’Aiguille du Chardonnet n’est pas celle de Percy Thomas en 1879 : c’est celle de R. Fowler avec Michel Balmat et Michel Ducroz, le 20 septembre 1865. Enquête sur une confusion tenace entre un sommet et une arête — et sur ce qu’elle dit de la façon dont on cite les sources.

Provenance

Éditeur

Rédaction Chardonnet.fr

Argentière, vallée du Mont-Blanc

Dates

Publiée 30.07.2026
Mise à jour 30.07.2026
Revue annuelle : 07.2027

Données automatiques

Météo-France AROME
IGN RGE ALTI
rafraîchies 30.07.2026 07:10

Chiffres fixes

Dates et noms recoupés sur les sources citées en bas de page.

Notre méthode →

La pyramide sommitale de l’Aiguille du Chardonnet, vue depuis les Aiguilles Rouges
Aiguille du Chardonnet — 3 824 m

L’Aiguille du Chardonnet — gravie pour la première fois en 1865 · Rémih · CC BY-SA 4.0 · Recadrée en hauteur, de 5184×3888 à 5184×2434, sans autre retouche.

Les dates

1865

Première ascension du sommet, le 20 septembre — R. Fowler, M. Balmat, M. Ducroz.

1879

Première de l’arête ouest, le 1er août — P. Thomas, J. Imboden, J. Lochmatter.

1899

Première de l’arête est, dite Forbes — les frères Aubert et M. Crettez.

1929

Première de l’éperon Migot, le 28 juillet — C. Devouassoux, A. Migot.

Le récit

Une erreur que nous avions publiée

Ce site porte le nom de l’Aiguille du Chardonnet. Sa fiche est celle que nous présentons comme la plus complète du massif. Elle annonçait, jusqu’à aujourd’hui, une première ascension en 1879 par Percy Thomas.

C’est faux, et l’erreur est instructive.

Le sommet a été atteint pour la première fois le 20 septembre 1865, par une cordée composée de R. Fowler et des guides chamoniards Michel Balmat et Michel Ducroz. Quatorze ans avant Thomas.

Ce que Percy Thomas a réalisé le 1er août 1879, avec les guides valaisans Josef Imboden et Josef Marie Lochmatter, c’est la première ascension de l’arête ouest. Une voie sur la montagne, pas la montagne.

Pourquoi tout le monde se trompe au même endroit

La confusion n’est pas due au hasard, et elle n’est pas propre à nous.

Ouvrez n’importe quelle notice de sommet : la première du sommet y figure en une ligne, souvent laconique, suivie immédiatement de la liste des premières de chaque voie — arête ouest, arête est, face nord —, chacune avec sa date au jour près et sa cordée nommée en entier.

La ligne principale est la plus pauvre. Les lignes secondaires sont les plus fournies. Qui recopie vite prend la plus documentée pour la plus importante : trois noms, une date précise, un mois d’été plutôt qu’un 20 septembre qui sonne comme une fin de saison.

C’est exactement ce que nous avons fait. Et c’est pourquoi cette page existe plutôt qu’une correction silencieuse.

Quatre dates, quatre cordées

L’histoire alpine du Chardonnet tient en quatre entrées, et elles racontent soixante-quatre ans de déplacement de la difficulté.

1865 — la première du sommet, par la voie la plus simple qu’on ait trouvée alors. C’est l’année de la conquête du Cervin, six semaines plus tôt, et celle de l’Aiguille Verte par Whymper le 29 juin. Le massif se fait cette année-là.

1879 — l’arête ouest, par Thomas et deux guides valaisans. On ne cherche plus le sommet, on cherche une ligne.

1899 — l’arête est, celle qu’on appelle Forbes, par les frères Aubert et Maurice Crettez. Elle deviendra la voie la plus parcourue de la montagne, cotée AD.

1929 — l’éperon Migot, par Camille Devouassoux et André Migot. La face nord, en mixte. Soixante-quatre ans après la première, on gravit désormais ce que personne ne regardait en 1865.

La seconde divergence

Cette enquête en a trouvé une autre, que nous ne savons pas trancher.

La date de la première de l’arête Forbes est donnée au 20 juillet 1899 par Camptocamp, et au 30 juillet 1899 par la notice anglophone de référence. Même cordée, même année, dix jours d’écart.

Nous ne choisissons pas. Les deux dates figurent sur ce site, et la fiche du topo porte la mention de la divergence. Trancher au motif qu’une source nous plaît davantage serait exactement le geste qui a produit l’erreur de 1879.

Ce que nous ne savons pas

Beaucoup, et il faut le dire.

Nous ignorons les prénoms complets de Michel Balmat et Michel Ducroz. Ce sont deux des patronymes les plus répandus de la vallée — Balmat est le nom du premier ascensionniste du Mont Blanc, Ducroz celui d’une lignée entière de guides — et les identifier demanderait des registres que nous n’avons pas consultés.

Nous ignorons l’itinéraire de la cordée de 1865. Les notices donnent une date et des noms, pas un tracé.

Et surtout : cette enquête ne repose sur aucune source primaire. Pas de chronique de l’Alpine Club, pas de registre de guides. Elle recoupe des notices secondaires entre elles, ce qui suffit à établir qu’une erreur circulait, pas à écrire l’histoire de cette journée de septembre 1865.

C’est sa limite, et elle est du même ordre que celle que nous venons de corriger : recopier une source, même bonne, n’est pas la vérifier.

Le versant nord de l’Aiguille du Chardonnet depuis le glacier du Tour

Le versant nord — l’éperon Migot, ouvert en 1929 · photo à créditer

Questions pratiques

Ce qu’on nous demande

Quelle est la vraie date de la première ascension ?

Le 20 septembre 1865, par une cordée composée de R. Fowler et des guides chamoniards Michel Balmat et Michel Ducroz. C’est la date que retiennent les notices de référence, et c’est elle que ce site publie désormais.

Alors que représente 1879 ?

La première ascension de l’arête ouest, le 1er août 1879, par Percy Thomas avec les guides valaisans Josef Imboden et Josef Marie Lochmatter. Une voie sur le sommet, pas le sommet. La confusion est fréquente parce que les deux événements sont documentés côte à côte dans les mêmes notices.

Pourquoi cette erreur circule-t-elle autant ?

Parce qu’une notice de sommet énumère souvent les premières de chaque voie juste sous la première du sommet, dans la même liste. Qui recopie sans lire la colonne de gauche prend la ligne la plus fournie — celle qui porte trois noms et une date précise — pour la ligne principale. Nous l’avons fait nous-mêmes.

La date de l’arête Forbes est-elle sûre ?

Non, et c’est la seconde divergence de cette enquête. Camptocamp donne le 20 juillet 1899, la notice anglophone de référence le 30 juillet 1899, pour la même cordée. Dix jours d’écart sur un fait vieux de cent vingt-sept ans. Nous n’avons pas tranché : nous publions les deux dates en le disant.

Qui étaient Michel Balmat et Michel Ducroz ?

Deux guides de Chamonix, dont les patronymes sont parmi les plus répandus de la vallée — ce qui rend leur identification précise difficile sans registre. Nous ne leur attribuons ni prénom complet ni biographie que nous n’aurions pas vérifiés.

Avez-vous corrigé les autres fiches du site ?

La fiche du sommet portait 1879 et Percy Thomas ; elle porte désormais 1865 et la cordée Fowler. La fiche du topo de l’arête Forbes, elle, était juste : elle attribuait bien 1899 aux Aubert et Crettez.

Périmètre

Ce que cette fiche n’établit pas

Contribuer

Une source que nous n’avons pas vue ?

Un récit d’époque, une photographie datée, une chronique de club alpin. Nous recoupons et nous corrigeons, en vous créditant.

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Rédaction Chardonnet.fr · Histoire · enquête · mise à jour 30.07.2026