Cercle 3 — Le sens
Culture / Histoire
Guide marseillais dans une vallée qui n’aimait pas les étrangers, premier homme à gravir les six grandes faces nord des Alpes, et surtout auteur d’un livre qui a changé la façon dont on écrit sur ce massif. « Étoiles et tempêtes » paraît en 1954. Ce qu’il invente, ce n’est pas une technique : c’est un ton.
Provenance
Éditeur
Rédaction Chardonnet.fr
Argentière, vallée du Mont-Blanc
Dates
Publiée 30.07.2026
Mise à jour 30.07.2026
Revue annuelle : 07.2027
Données automatiques
Météo-France AROME
IGN RGE ALTI
rafraîchies 30.07.2026 07:10

Le massif de la Verte et des Drus — deux des six faces nord sont ici · Dmitry A. Mottl · 24.07.2015 · CC BY-SA 4.0 · Recadrée en hauteur, de 5184×3456 à 5184×2434, sans autre retouche.
Les dates
1950
Annapurna, premier 8 000 gravi — Rébuffat fait partie de l’expédition.
1954
Parution d’« Étoiles et tempêtes », le récit des six faces nord.
1955
Le film tiré du livre porte le même titre.
Le récit
Gaston Rébuffat est né à Marseille et a appris à grimper dans les Calanques, sur du calcaire blanc au bord de la mer, à sept cents kilomètres de la première neige.
Il devient guide de haute montagne à Chamonix. Cela mérite qu’on s’y arrête : dans un métier qui se transmettait alors par lignée — un Balmat, un Ducroz, un Charlet, et l’on savait de quelle vallée venait un homme rien qu’à son nom —, arriver du Midi avec un accent et sans ascendance n’était pas neutre.
En 1950, il fait partie de l’expédition à l’Annapurna, premier sommet de plus de huit mille mètres gravi par des hommes. Il en revient connu.
« Étoiles et tempêtes » paraît en 1954. Six chapitres, six faces nord : l’Eiger, le Cervin, les Grandes Jorasses, le Dru, le Piz Badile, la Cima Grande di Lavaredo. Rébuffat est le premier alpiniste à les avoir toutes gravies, et le livre raconte cette collection.
Deux de ces parois sont ici. La face nord du Dru domine le bassin de la Mer de Glace ; celle des Grandes Jorasses ferme le val Ferret. On les voit depuis les sentiers de cette vallée, et c’est une des raisons pour lesquelles ce livre appartient au massif autant qu’à son auteur.
Mais ce n’est pas la performance qui a duré. D’autres ont depuis gravi ces six faces, plus vite, en hiver, en solo. Ce qui a duré, c’est la façon d’en parler.
Avant lui, le récit d’ascension française tenait le plus souvent du rapport : horaires, cotations, matériel, une pointe d’héroïsme convenu à la fin. Rébuffat écrit autre chose — l’attente, le froid, la lumière, la fatigue, la peur ordinaire. Il donne à l’alpinisme un registre littéraire sans le rendre grandiloquent, ce qui est exactement l’équilibre difficile.
Parce que la tentation inverse existe, et qu’elle est forte.
Un site qui documente des courses peut basculer de deux côtés. Vers le rapport sec — des chiffres, des cotations, rien d’autre —, et il devient une base de données que personne ne lit. Ou vers le lyrisme d’agence de voyage, et il devient une invitation, ce que la montagne ne pardonne pas.
Rébuffat tient le milieu. Il décrit précisément et il écrit bien, sans jamais faire croire que c’est facile ni que c’est beau tout le temps. Un livre qui parle autant de l’attente sous la pluie que du sommet est un livre honnête.
C’est la ligne que ce site essaie de tenir, et il vaut mieux dire d’où elle vient.
Nous ne citerons pas le livre.
« Étoiles et tempêtes » est une œuvre protégée, rééditée et vendue. En reproduire des passages, même courts, même en le créditant, reviendrait à donner gratuitement ce qui fait sa valeur — et le paradoxe serait complet sur une page qui explique en quoi son écriture est irremplaçable.
Un lecteur qui veut la phrase de Rébuffat doit lire Rébuffat. C’est la seule recommandation que cette page ait à faire.
Un film homonyme sort en 1955, un an après le livre. Il circule encore en cinémathèque de montagne. Il ne l’adapte pas vraiment : il le double. Mêmes parois, même voix, avec les images d’une époque où filmer en paroi relevait encore de l’expédition.
Pour qui découvre ce massif, le voir avant de monter au Montenvers change ce qu’on regarde depuis la terrasse.

La Mer de Glace, que domine la face nord du Dru · Alexkom000 · 23.07.2025 · CC BY 4.0 · Recadrée en hauteur, de 5451×3634 à 5451×2559, sans autre retouche.
Questions pratiques
Quelles sont les six faces nord ?
L’Eiger, le Cervin, les Grandes Jorasses, le Dru, le Piz Badile et la Cima Grande di Lavaredo. Rébuffat est le premier alpiniste à les avoir toutes gravies, et c’est le fil du livre : six chapitres, six parois.
Lesquelles sont dans ce massif ?
Deux : les Grandes Jorasses et le Dru. La face nord du Dru domine le bassin de la Mer de Glace, celle des Jorasses ferme le val Ferret italien. Les quatre autres sont ailleurs dans les Alpes — d’où la portée du livre, qui dépasse la vallée tout en y revenant sans cesse.
Rébuffat était-il de Chamonix ?
Non, et c’est un fait qui compte. Il est né à Marseille et a appris à grimper dans les Calanques, avant de devenir guide de haute montagne à Chamonix. Dans une profession qui se transmettait alors par lignée dans les vallées, être un guide venu d’ailleurs n’allait pas de soi.
Que faut-il lire en premier ?
« Étoiles et tempêtes », paru en 1954 chez Arthaud et toujours réédité. C’est le plus court et le plus tenu de ses livres, et celui qui a le plus marqué la manière d’écrire sur l’alpinisme en français.
Le film existe-t-il encore ?
Oui. Le film homonyme date de 1955 et circule en cinémathèque de montagne. Il double le livre plus qu’il ne l’adapte : mêmes parois, même voix.
Peut-on citer des passages du livre sur ce site ?
Non, et nous nous l’interdisons. « Étoiles et tempêtes » est une œuvre protégée : nous en parlons, nous ne le reproduisons pas. Un lecteur qui veut le texte de Rébuffat doit lire Rébuffat.
Périmètre
Contribuer
Une source que nous n’avons pas vue ?
Un récit d’époque, une photographie datée, une chronique de club alpin. Nous recoupons et nous corrigeons, en vous créditant.
Rédaction Chardonnet.fr · Histoire · portrait posthume · mise à jour 30.07.2026